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Religions, croyances et courants oubliés
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libresansdieu
Nourrisson
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MessagePosté le: Ven Sep 09, 2005 7:44 pm    Sujet du message: Re: Avec l'aide du Grand Cargo (BSSN) Répondre en citant

Haddock75 a écrit:
Le Grand Cargo (Béni soit son nom), est sur Terre pour apporter la Paix aux hommes de bonne volonté. Mais pour cela, nous devons d'abord, avec l'aide du Grand Cargo (BSSN) décimer, tuer, détruire, anéantir, exterminer, massacrer tous les adeptes du Grand Scaphandromonochromatique Alternatif (Maudit soit son nom). Nous sommes des hommes de Paix, et pour faire régner la Paix sur Terre, avec l'aide du Grand Cargo (BSSN), nous écorcherons vifs, brûlerons à petit feu, rouerons, empalerons, découperons en petits morceaux tous les adeptes du Grand Scaphandromonochromatique Alternatif (Maudit soit son nom).
Je propose aux adeptes du Monstrueux Spaghetti Volant une alliance temporaire contre ses limaces gluantes du GSA (MSSN).

"Les adorateurs de GSA sont maudits pour sept générations et brûlerons éternellement dans le Grand Volcan" (HAKKA VI. 19).

Archibald Haddock, Grand Ordonnateur du Grand Cargo (BSSN).
Frères et soeurs en le Très, Très Grand (plus grand que tout ce vous ne connaissez pas) Scaphandromonochromatique Alternatif, et dont Je suis le seul et l'unique prophète et adepte, nous avons en fin trouvé un adversaire à notre taille (ben, pas à une contradiction près...).Ils veulent la guerre? Eh! bien, ils l'auront!
Ouvrons notre Très Saint Livre: "Je sais cuisiner", par Madame Ginette Mthiot (nouvelle édition revue et augmentée) qui m' a été offert par maman (qui le tenait elle-même de la mère de la mère de ses ancêtres). Et, maman ne ment jamais! C'est elle qui m'a mise au monde, na, voilà c'est dit et c'est ainsi (soit-il!). Bref, ouvrons ce Saint Livre page 269, verset 601! Et que voyons-nous? mmmh dites-moi QUE VOYONS-NOUS? Ah! vous ne savez pas! Vous voyez bien qu'il est nécessaire que le Prophète vienne éclaire la nuit crasse dans laquelle le cargo vous fait baigner depuis trop longtemps... à l'insu de votre plein gré, mais en votre pleine servitude volontaire.
Citation:
Rôti à la casserole 600g de roti, 40 g de beurre; cuisson 25 mn.

A défaut de four, on peut faire un rôti dans une cocotte, à condition de la laisser découverte pendnat tout le temps de cuisson.
Mettre dans la cocotte le beurre. Faire revenir la viande sur toutes ses faces. Laisser découvert et retourner la viande, toutes les 5 minutes. Saler au dernier moment. Finir selon le verset 599.
Que nous apprends cette sourate? Que à défaut de four, on peut utiliser une cocotte (hue! ma cocotte!), mais découverte (donc nous sommes bien opposé au voile sur les cocottes) et qu'il faut retourner la viande régulièrement. Toutes les 5 minutes, dit le Saint Livre. Et, surtout, surtout, qu'il faut saler au dernier moment. Mais il y a ce fameux verset 599, que je ne vous livre pas. Il restera caché, afin que le grand garco d'archibald ne puisse s'en emparer et dire que, lui, il a trouvé la Vérité.
Et, mes biens chers frères, mes biens chères soeurs, en ce 1257ème vendredi après la sainte union du boudin et du thon sacrés, SOUVENEZ-VOUS! ON SALE, TOUJOURS, AU DERNIER MOMENT!!!
Et ce n'est pas ces moules avariées et puantes qui ne croient pas ce que Je en Son Saint Nom qui vont nous faire reculer!!!
Religions, sauvez l'humanité!
Vous êtes au bord du gouffre,
Faites un pas, un seul, mais, faites-le en avant!
_________________
Il n'y a pas de sauveur suprême,
Ni dieu, ni césar, ni tribun,
Organisons nous-même notre vie.
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juju
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MessagePosté le: Dim Sep 11, 2005 3:49 pm    Sujet du message: Répondre en citant

LSD, ou comment extirper un topic de son sujet premier.

Bah, j'peux pas t'en vouloir ! J'ai fais ça aussi, sur d'autres fils...
_________________
Ce terme [almanach], passé dans les langues européennes grâce à l'arabe andalou latinisé, semble être la transcription grecque d'un terme dérivé du syriaque qui désignait les calendriers égyptiens.

Louis Molet
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Slypayne
Nourrisson
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MessagePosté le: Dim Sep 11, 2005 4:41 pm    Sujet du message: Répondre en citant

En tant que représentant et prophete autoproclamé de la branche Bififtitou de la secte du Cargo, Quantanaméra appelle tout ceux et celles qui vivotent de croyances stériles en marottes pluriséculaires à rejoindre sans plus attendre sa confrérie. Sa seigneurie fera une apparition au Mamouth de Vélizy pour précher la bonne parole et rependre tout l'amour qu'il a recut en surplus dés lors que "youèssamerica" sur son charriot de feu lui est apparu dans les plaines du mékong.

La branche Bififtitou à ceci d'unique: elle ne preche que l'amour et l'a-haine, pour les infidèle, c'est l'a-mour et la haine. Toujours est il que l'association Thesebootsaremadeforwalkin', vitrine politique et socioculturelle de la branche Bififtitou publiera dès mardi en quinze les revues "Tour des Gardes", et "Reveilles Toi". Pour toutes souscription, donation, leg, blanchiment d'argent, héritages trop importants, n'hesitez plus, venez à nous. Nous pouvons vous procurer un salut éternel, une place au paradis ou un voyage en soucoupe, garantie sur facture...

N'attendez plus, abandonnez vous à nous... Nous prenons bon soin de ce qui vous survivra, de ces possessions qui ont fini par vous posséder et que nous vous offrons d'acquérir... gratuitement.
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"Le fait que le pourquoi se pose en moi, n'implique pas l'existence d'un parce que qui me soit accessible." (Félix Le Dantec, biologiste / 1869-1917 / L'athéisme)
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libresansdieu
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MessagePosté le: Mar Sep 13, 2005 8:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

juju a écrit:
LSD, ou comment extirper un topic de son sujet premier.

Bah, j'peux pas t'en vouloir ! J'ai fais ça aussi, sur d'autres fils...
Ah! mais non, non! Pas du tout! Non, non!
Je n'ai fait qu'exposer une autre théorie, une autre croyance.
Bon, elle est aussi intolérante que les autres. Et alors?

Un "copier-coller" du cours d'histoire des religions ne vaut-il pas un du cours d'arts ménagers & cuisine?

La recette de cuisine a l'immense avantage sur les autres calembredaines qui sont exposées d'être UTILE au genre humain.

Car, mes biens chers frères, mes biens chères soeurs, qui oserait nier les vertus nourricières de la bonne cuisine? Qui? Mécréants, vous mourrez de la famine!
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mahomet
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MessagePosté le: Jeu Jan 18, 2007 12:42 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Il y a une secte qui se réclame de l'islam chiite, du chamanisme et qui est pour la laïcité, l'égalité femme-homme et la modernité.

Ils sont résolument pour la laïcité et sont persécutés par les sunnites orthodoxes.

Il s'agit des alivides.Ils sont éparpillés entre la Turquie, le Liban, la Syrie et l'Irak.
Citation:
Alevis, des musulmans mystiques et futuristes...
Par Patrice van Eersel et Jean-Pierre Moreau


Étonnant mélange de modernisme (ils sont républicains, féministes, ouverts à la laïcité dès 1920) et de mysticisme, ils représentent un quart de la population turque. Leur mouvement, qui s’oppose à celui des intégristes, est en train de vivre un renouveau. Enquête.


Si l’on vous disait qu’il existe sur terre un peuple à la fois républicain et chamanique, qui pratique le culte de la nature tout en se passionnant pour la civilisation moderne, pour qui le principe suprême se dit « Allah » mais qui ne s’offusque ni de boire du vin ni de mettre l’homme et la femme sur pied d’égalité, un peuple dont les petits paysans côtoient facilement les intellectuels et les artistes... le croiriez-vous ? Comment une pareille synthèse serait-elle possible ? Pourtant, ce peuple existe. On les appelle Alévis et ils sont turcs. Pour eux, les rituels sacrés sont essentiellement des chants, qu’entonnent des poètes jeunes et vieux, au son du saz, sorte de luth oriental - aussi appelé « Coran à cordes » - et des danses qui, chaque dimanche, font tourner ensemble filles et garçons. Leurs troubadours sont aussi actifs et nombreux que dans nos plus beaux rêves de Moyen-Âge. Pourtant, ce sont des modernes - dont la jeunesse a toujours alimenté les frondes les plus révolutionnaires d’Anatolie (éventuellement marxistes, nous le verrons),... Leur devise pourrait être : prière, musique et démocratie, ou nature, danse et liberté. Ils disent volontiers : « Dieu est en l’homme, l’homme est en Dieu. Je me suis regardé dans la glace et l’Éternel m’est apparu. » Qui sont-ils ? Jusqu’au début des années 90, les médias mondiaux ne les avaient quasiment pas remarqués - ce qui en dit long sur la relativité de notre omniscience journalistique !

De l’islam turc, que savons-nous pour la plupart ? Certes, la réputation des soufis, derviches tourneurs ou hurleurs, a depuis longtemps franchi les frontières de l’Asie mineure. Mais lorsqu’il est question, ces temps-ci, de l’islam à Istambul ou Ankara, c’est tout de suite aux intégristes que nous pensons, aux réactionnaires. Rares sont ceux d’entre nous qui savent qu’environ un quart de la population turque actuelle - entre 20 et 25 % - appartient à la communauté alévie et que celle-ci constitue l’un des plus intéressants syncrétismes primitifs-futuristes qui se puisse concevoir.

Le mot syncrétisme est souvent utilisé de manière négative, pour désigner un mélange barbare d’emprunts faits à des traditions spirituelles hétérogènes, débouchant généralement sur une chimère non viable. Même si de grandes religions - le christianisme par exemple - peuvent être considérées comme des syncrétismes de diverses cultures, il existe en la matière bien plus de salmigondis monstrueux que de synthèses heureuses. Parmi ces dernières, la culture alévie d’Anatolie constitue un cas remarquable : on a rarement vu mariage plus réussi entre des fondements archaïques et une vision du monde adaptée aux impératifs modernes, voire post - modernes. L’islam ayant régné en maître exclusif pendant plus de mille ans sur toute la région, on aurait pu croire qu’il effacerait toutes les autres influences. Il n’en a rien été. Si les Alévis disent « Allah » pour désigner Ce qui n’a pas de nom, ces monothéïstes n’observent aucun des « cinq piliers » officiels de la religion musulmane (aller à La Mecque, faire sa prière cinq fois par jour, etc.). Ils ne lisent même pas le Coran ! Très proches des soufis, au point qu’on les confond parfois avec eux en Turquie, leur liberté spirituelle vis-à-vis de l’islam est telle qu’il leur arrive de désigner l’Unique sous la forme d’une Trinité - par exemple Allah-Mahomet-Ali, ou Allah-Mahomet-le Droit - ce qui passe, aux yeux des musulmans orthodoxes, pour une grave hérésie (et signale l’importance de l’influence chrétienne sur leur théologie).

En fait, ils préfèrent se désigner eux-mêmes sous le terme de bektashis, du nom de Haci Bektas (prononcer « Hadji Bektach »), un des grands saints de leur histoire.

Haci Bektas, un « guerrier poète »
Au milieu du XIIIe siècle, Haci Bektas, homme très sage, élève de Hamad Asawi et de Baba Ishaq avait fait, comme son nom l’indique, un pélerinage à la Mecque, quand il décida de s’installer en Cappadoce, une terre où les chrétiens étaient restés nombreux, malgré des siècles de djihad musulmane - en l’occurrence des chrétiens gnostiques, parfois nestoriens, plutôt opposés à l’Église byzantine. Fédérant en quelque sorte les désirs de ces chrétiens et des musulmans de la région (on raconte que sa femme elle-même était chrétienne), Haci Bektas prit la tête d’un mouvement de résistance culturelle des nomades anatoliens contre la tyrannie grandissante des Turcs seldjoukides venus des hauts-plateaux d’Asie centrale (issue de ces derniers, la dynastie ottomane devait finir par prendre Byzance, en 1453, et contrôler toute l’Asie mineure).

Bien après la mort de Haci Bektas (1271), des derviches créèrent l’ordre bektashi, dont les moines, ouverts aux idées aussi bien musulmanes (plutôt soufies) que chrétiennes (plutôt gnostiques), influencèrent d’abord la population de Cappadoce, avant de progressivement créer des réseaux à travers la Turquie tout entière.

Bien que méfiants vis-à-vis de leurs tendances hérétiques, les Ottomans eurent vis-à-vis des bektashis deux sortes de politique en alternance : tantôt ils les réprimèrent sauvagement, tantôt ils les utilisèrent comme colons dans les Balkans - où l’on retrouve leurs traces jusque de nos jours, par exemple en Albanie. Sept siècles plus tard, l’essentiel de leurs rituels et de leur credo demeure en tout cas bien vivants.

Le dédé joue du saz.

Les garçons tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Plus tard, les filles les rejoindront dans la cour du tékké.

La danse-culte
Toute la pratique religieuse - mais aussi juridique, même si celle-ci ne concerne plus aujourd’hui que de « petits problèmes », dont les mariages et les divorces - est placée sous l’autorité d’un dédé, sorte d’évêque à la lointaine ascendance chamanique. Celui-ci désigne, pour l’assister, douze personnes, chargées des douze fonctions sacerdotales, dont : la direction de la musique, la conduite des cérémonies de circoncision, la distribution de l’eau, le lavement rituel des mains des fidèles, l’entretien des bougies...

Le rituel principal, appelé cem (prononcer « djem »), n’a besoin ni de mosquée ni d’église pour être célébré (plutôt le dimanche). Il s’agit pour l’essentiel d’une danse où plusieurs couples forment un cercle. La chorégraphie, très simple, rappelle certains folklores occitans ou magyars. Ouverts aux inspirations les plus mystiques, les chants, accompagnés au saz, jouent un rôle capital. Ce sont des chants éminemment pacifiques. Les Alévis sont des non-violents. Aux temps où le dédé était responsable de toute la justice, y compris pénale (échappant ainsi à l’« œil pour œil » du mollah ou du cadi), la pire condamnation, par exemple en cas d’assassinat, était la mise en quarantaine - ce qui signifiait l’exil.

Traditionnellement, le cem se termine par un repas rituel, où toute la communauté partage ses victuailles et son vin. Les moines bektashis, dont les couvents s’appellent des tekké, font vœu de célibat. Chez les fidèles, la polygamie est mal vue, sinon interdite, et le veuvage rarement interrompu par un second mariage, du côté des hommes comme des femmes.

Ces dernières ne sont pas voilées, mais se mettent un foulard sur la tête pendant les cérémonies. Les hommes, eux, portent un chapeau ou une casquette, en souvenir du turban rouge d’autrefois, qui leur valait le surnom de « têtes rouges » dans tout le pays et dont les danseurs continuent souvent de se couvrir le chef.

Pendant la circoncision, le jeune garçon est tenu sur les genoux d’un parrain, dont la famille devient « sœur » de la sienne. Ainsi, toutes les familles se trouvent-elles liées les unes aux autres par un réseau de sororité. Un autre rituel important, le musarit, consiste à donner à tout garçon pubère un « frère en religion » : lorsque deux « frères » se marient, leurs épouses deviennent « sœurs » à leur tour, au cours d’un autre rituel, et se promettent un soutien mutuel.

La clandestinité
Leur étonnante et rare liberté d’esprit, les bektashis l’ont payée très cher. Considérés comme hérétiques par les musulmans sunnites (tout comme ils l’auraient été par les catholiques), ils furent facilement pourchassés et massacrés. Très tôt, ils prirent l’habitude de la clandestinité. Mais celle-ci alimenta les rumeurs et l’on entra dans un cercle vicieux. Plus le temps passa, plus l’on raconta des horreurs sur eux.

Parmi les douze fonctions sacerdotales, nous évoquions le responsable des bougies : dans la pratique, son rôle était surtout de les éteindre sitôt que l’on signalait l’arrivée des gardes ottomans ! Ainsi naquit la fonction d’ « éteigneur de bougies », dont les musulmans orthodoxes eurent tôt fait de dire qu’il était un organisateur d’orgies : que peuvent faire ensemble des hommes et des femmes rassemblés dans une pièce où l’on boit du vin avant d’éteindre les bougies ?

La réputation des bektashis devint telle que, pour les étrangers (voyez les dictionnaires franco-turcs du début du siècle), le mot alévi fut longtemps une grave insulte. Jugez en plutôt : Alévi : adj. - Se dit d’une femme prostituée ou d’un homme dépravé ou incestueux.

Quand on sait que les Bektashis font plutôt partie des classes défavorisées de la nation turque, on imagine la difficulté qu’ils durent rencontrer (et rencontrent aujourd’hui encore) pour défendre leur honneur bafoué. Qu’ils aient persisté dans leur voie libertaire et non-violente malgré cette pression en dit long sur leur courage. Qu’ils aient réussi à le faire sans perdre en chemin leur inspiration poétique et mystique suscite surprise et admiration.

Certes, il y eut aussi de grands sursauts de révolte. Qui conduisirent jusqu’à l’adhésion passionnelle au parti communiste et à l’athéïsme marxiste. Pour la majorité des Alévis, surtout ceux qui vivent à la campagne, tout ce que nous venons de dire demeure absolument vrai. Pour beaucoup de citadins et d’intellectuels, en revanche, cela cessa de l’être dans les années vingt... et ne le redevient, progressivement, que depuis une dizaine d’années. Entrons donc dans l’ère contemporaine de la communauté bektashie/alévie.

Mystiques et politiques
L’esprit étonnamment moderne de ces descendants de nomades chamaniques les conduisit souvent, au début du XXe siècle, à s’écarter de manière classique de toute pratique religieuse. En butte aux persécutions systématiques du pouvoir central sunnite, qui s’était toujours méfié de leur étonnante adaptabilité - au point d’interdire et même de faire détruire leurs tekké à partir de 1826 -, les Alévis furent très heureux de sortir de la clandestinité en 1923, lorsque Mustafa Kemal proclama la république et lança son grand mouvement de laïcisation de la Turquie. Partisans enthousiastes du modernisme kémaliste, de nombreux jeunes Alévis poussèrent l’idéal laïc jusqu’au bout de sa logique démocratique et pluraliste. Beaucoup furent très déçus par l’intransigeance jacobine d’Atatürk face au désir d’indépendance des Kurdes.

Il se trouve que ces derniers sont souvent alévis... - ce qui ne simplifie pas les choses !

Du coup, poussée toujours plus loin dans le camp révolutionnaire, une partie importante de la jeunesse alévie s’engagea finalement au parti communiste et, un demi-siècle plus tard, se retrouve dans la myriade de groupuscules d’extrême- gauche qui s’activent en Turquie depuis trente ans. Pour ceux-là, il n’est plus question de bektashisme, ni a fortiori d’islam ou de christianisme - ce qui, aux yeux des Turcs sunnites majoritaires, renforce la mauvaise réputation des Alévis : non contents d’être des « alliés de Satan », ces « fornicateurs hérétiques » sont en plus des rouges ! Quand, à la suite de la révolution khomeyniste d’Iran (pourtant chi’ite comme les bektashis, mais dans une version cléricale et bureaucratique), les intégristes réussiront à prendre du poids en Turquie, l’oppression frappera à nouveau lourdement la communauté alévie. En mars 1995, lors d’un rassemblement culturel près d’Ankara, trente-sept personnes, dont plusieurs artistes et intellectuels bektashis, sont tuées dans un attentat perpétré par des fondamentalistes sunnites. Aussitôt, la foule des quartiers pauvres (puisque les Alévis constituent le bas de la pyramide sociale) descend dans la rue pour protester : la police tire dans le tas, faisant vingt-trois morts. Le martyre semble intimément lié à cette communauté paradoxale qui, tout en s’affirmant franchement hédoniste d’un côté, s’est toujours reconnue de l’autre dans les supplices légendaires des deux fondateurs de la scission chi’ite : Ali, neveu de Mahomet, et son disciple Hussein ; qu’un de ces deux personnages soit cité dans un chant ou un poème, lors d’un récital bektashi, et aussitôt la foule applaudit avec passion ! Il faut dire que, religieux zélés ou laïcs sceptiques, les Alévis continuent à chanter et à danser... ce qui, en fin de compte, les ramène à leurs racines.

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, on assiste en effet à un retour massif à la tradition bektashie. En Turquie, mais aussi en Europe, où les Alévis sont plus d’un million - en Allemagne, en France, en Suisse, en Autriche, au Bénélux, en Grande-Bretagne. Souvent alimenté par les déçus des groupuscules gauchistes des années soixante-dix et quatre-vingt, le mouvement s’appuie sur une myriade d’associations culturelles. Celles-ci ne sont pas forcément devenues totalement apolitiques, comme on le voit dans les actions des Folles d’Istambul - admirable protestation de mères qui, à l’instar des grands-mères d’Argentine il y a dix ans, manifestent tous les samedis en s’asseyant par terre, place Galatasaraï, au centre de l’immense cité, en réclamant que la police dise ce que sont devenus leurs enfants, enlevés et sans doute torturés et assassinés depuis des mois, des années. Beaucoup des Folles d’Istambul sont alévies. Telle la vieille mère du militant disparu Hasan Ocak, admirable petite paysanne analphabète d’Anatolie, qui se retrouve aujourd’hui en tête du mouvement et qui explique aux télévisions internationales, flanquée de son mari : « Où qu’il se trouve, notre fils Hasan porte en lui un immense amour pour toute la création, pour les cailloux, pour les plantes, pour les animaux. Et nous aussi, nous portons en nous cet amour ».

Nous ne sommes pas habitués à entendre ce genre de discours dans la bouche de protestataires politiques. Dans un paysage mondial chaotique, où l’écroulement des idéologies matérialistes se double d’une aliénation de plus en plus frénétique aux mécanismes aveugles du marché, le renouveau du mouvement bektashi fait partie de ces précieuses sources d’inspiration qui peuvent prétendre soutenir une spiritualité adaptée au siècle qui s’annonce. En quoi ?

Nous sommes allés poser la question à Mahmut et Françoise Démir, un couple de musiciens qui animent aujourd’hui ce renouveau en France.

Nouvelles Clés : La communauté alévie-bektashie est entrée, dites-vous, dans une phase nouvelle ?

Françoise Démir : Le renouveau du mouvement est parti d’Allemagne, en 1989. C’est là-bas que les immigrés turcs sont les plus nombreux, le plus souvent originaires des régions les plus pauvres, donc souvent à dominante alévie. Au départ, le renouveau s’est fait sur une base clanique ou tribale - les premiers à évoluer ont été les Kurdes. Mais peu à peu, toute la communauté s’est trouvée concernée. On a alors vu se créer toutes sortes d’associations culturelles. Cela nous changeait des groupuscules d’extrême- gauche, qui avaient fini par aspirer tout l’élan créatif et vital de la jeunesse bektashie.

N.C. : Que font ces associations ? Qu’ont-elles en commun ?

Mahmut Démir : Elles réclament toutes la démocratie en Turquie, la reconnaissance du pluralisme et la défense d’une vraie laïcité, qui garantisse le droit d’existence de toutes les communautés confessionnelles non-sunnites. Ce qui a donné lieu à de terribles disputes entre groupes alévis. Les uns, restés classiquement « de gauche », ne supportaient pas que l’on critique Atatürk. Les autres expliquaient qu’il fallait s’émanciper de cette attache désormais rétrograde. Mustafa Kemal est le père de la Turquie moderne, d’accord, mais il faut ouvrir les yeux : il n’a jamais aidé les minorités.

F.D. : Heureusement, nous avons évité de nous embourber à nouveau dans la politique.

Le mouvement actuel est fondamentalement culturel et associatif, c’est bien plus important. Rien qu’en Europe, il existe aujourd’hui entre cent et cent-vingt associations alévies. Et le mouvement est toujours très fort en Turquie même. Aujourd’hui, il s’agit de réformer la société civile autour d’idées simples. Il existe un réel et grand désir de retrouver les rituels d’autrefois, le cem, les fêtes, l’esprit de partage... la communauté.

N.C. : En quoi peut-on vous dire chi’ites ?

F.D. : Nous nous sentons proches de tous les mystiques et notamment de ceux de l’islam, dont Ali et Hussein, fondateurs du chi’isme. Mais nous n’avons rien à voir avec le chi’isme d’État inventé par la dynastie iranienne des Safawides, au xvie siècle. Ces derniers ont été des centralisateurs terribles, qui n’ont cessé de pourchasser les soufis. Beaucoup de musulmans nous reprochent cette sympathie pour Ali et Hussein, alors que nous ne lisons même pas le Coran... Pour nous, la cause d’Ali est celle de la justice et du droit.

N.C. : Mais n’êtes vous pas musulmans ?

F.D. : Non. On pourrait dire que nous sommes des syncrétistes, pour qui le chamanisme, c’est-à-dire la recherche de Dieu dans la nature avec l’aide d’un guide, le chamane, compte autant que les religions du Livre.

M. D. : Pour nous, ce qui compte avant tout, c’est l’homme ! Dieu et l’Homme, ces deux notions sont indissociables. Et le chemin de la découverte de Dieu en l’homme passe par l’amour des pierres, des arbres, des rivières, des animaux... Pour nous, la nature est fondamentalement sacrée. Cela, les ex-militants marxistes le sentent bien, même s’ils ont beaucoup de mal à retrouver leurs racines. Ils sont encore souvent dans une grande ignorance et une grande confusion.

N.C. : Vous venez de diriger la rédaction de tout un numéro de la revue culturelle turque Anka, consacrée à la littérature populaire des asiks, les troubadours mystiques, généralement alévis. On y trouve les témoignages de deux chercheurs français celèbres, Jacques Lacarrière et Alain Gheerbrant, qui fréquentent les Alévis depuis déjà un bon moment...

F.D. : Ce sont de grands amis. J’espère que leur cercle s’élargira. La revue dont vous parlez donne de bons exemples de cette mystique bektachie, parfois si difficile à faire comprendre aux Occidentaux, et pourtant si évidente...

M. D. : Et si avant-gardiste ! Quand on pense que l’achik Yunus Emré pouvait chanter, au XIIIe siècle, un poème comme :

Nous avons plongé dans l’Essence

Et fait le tour du corps humain

Trouvé le cours des univers

Tout entier dans le corps humain

La Torah et les Évangiles

Les Psaumes et le Coran Toutes paroles écrites

Se trouvent dans le corps humain.

F.D. : À quoi répondent les vers de Daimi, asik du XXe siècle :

Je suis le miroir du monde

Puisque je suis un homme

L’océan où la Vérité prend forme

Puisque je suis un homme

Je peux écrire la Torah Je peux égréner

l’Évangile Percer les mystères du Coran

Puisque je suis un homme.

-
À lire :
Sur les traces du soufisme turc, recherches sur l’Islam populaire en Anatolie, Irène Mélikoff, éd. Isis, Istanbul (1992).
« Poètes Bektashis modernes : spiritualité et progressisme », in Poésie du Proche-Orient et de la Grèce, Conseil de l’Europe et Université des Sciences humaines de Strasbourg, Atelier européen (1989), ASFAR, Paris.
Haci Bektas, un mythe et ses avatars, Genèse et évolution de l’Islam populaire de Turquie, éd. Brill, Leide (1996).
Têtes rouges et bouches noires, Altan Gökalp, Société d’Ethnographie, Paris (1980).
La Poussière du monde, Jacques Lacarrière, Nil éditions.
« Alévisme et Bektashisme, alliés naturels de la laïcité en Turquie ? », in Islam et Laïcité, Approches globales et régionales, L’Harmattan
.



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l'islam cette théologie absurde d'un bédouin immoral est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies
Kémal Ataturk
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